marion unemamanlactee

Mon fils est né à terme, par voie basse, sans instruments, et sous péridurale. L’accouchement “classique”, avec maman sur le dos les jambes en l’air. J’ai accouché dans un de ces nombreux hôpital comparable à une usine. Pas le choix de la position d’accouchement, pas le choix que de se faire perfuser de l’ocytocine de synthèse et pose de la péridurale à 3 cm à peine d’ouverture du col. Autant dire que mon bébé avait le temps de s’endormir en même temps que mes jambes. 6h plus tard mon fils est né. Nous n’avons pas pu rester longtemps en peau à peau car on m’a endormi totalement à cause d’un début d’hémorragie placentaire. 1h après l’accouchement, j’étais réveillée et on m’a enfin ramené mon bébé qui était resté avec son papa le temps de l’intervention. Une sage-femme m’a baissé ma blouse et m’a collé mon fils au sein, en me disant que c’était la tétée d’accueil et qu’il fallait la faire. Elle m’a saisi le sein et a mis mon mamelon dans la bouche de mon fils. Bon, lors de ma grossesse j’étais très effrayée par le fait d’avoir un bébé qui tête mon sein. Je voulais essayer tout de même, je savais que c’était la suite logique de la grossesse, que je devais le nourrir grâce à mon corps. Mais j’ai été vraiment choquée par la méthode de cette sage-femme. Sans me demander mon accord, en utilisant mon corps comme elle l’avait décidé, elle m’a contrainte et forcée. J’aurai aimé que mon bébé puisse chercher le sein tout seul, qu’il le saisisse lui même, en douceur, faire les choses de manière instinctive.

Malgré cela, j’ai été très surprise de voir un bébé totalement à l’aise, avec une succion puissante et efficace. Le colostrum a jailli quasi immédiatement. C’était très perturbant pour moi. Je n’avais aucune information, je ne m’étais pas renseignée, et personne ne m’a aiguillé. Ma sage-femme, celle avec qui j’avais fait la préparation à l’accouchement m’avait rapidement expliqué la montée de lait mais aujourd’hui je réalise qu’il me manquait 99% des informations à connaître. Une fois en chambre, j’ai continué à donner le sein à mon fils dès qu’il montrait des signes d’éveil. En quelques minutes d’allaitement, j’avais déjà développé un instinct très fort. Et cela me paraissait normal de l’allaiter tout le temps. Je me disais que s’il se mettait à téter dès que je lui proposais c’est qu’il en avait besoin, je lui ai directement fait confiance. De jour comme de nuit, nous étions collés l’un à l’autre avec des tétées toutes les 30 minutes et qui pouvaient durer 1h. Il était très actif, rarement besoin d’être stimulé. Mais je maîtrisais pas les positions d’allaitement ni les signes d’une bonne succion.

Dès le lendemain, à J+1, cela n’a pas loupé. Coucou les crevasses. Seigneur, quelle douleur. Je serai les dents tellement fort que j’aurai pu me déchausser toutes les molaires. Je saignais, chaque tétée était un supplice. Je sanglotais toute la durée de la tétée. Mon mari était un véritable soutien. Il a été allaité et pour lui il n’y avait pas d’autres manières de nourrir un bébé. Moi, je n’ai pas été allaité, et dans ma famille on ne connaît que le lait en poudre. Alors quand je le voyais m’inciter à être forte, qu’il me serrait fort la main pendant que je souffrais, ça me donnait des décharges de courage pour ne pas fléchir. Et pourtant, malgré mes nombreux appels aux sages-femmes, elles ne faisaient que me proposer des compléments de lait artificiel, parce que “vous savez, si votre bébé ne reprend pas du poids on ne vous laissera pas sortir à temps”. Ou comment te faire flipper et te faire culpabiliser de souffrir pendant que tu essaies de nourrir ton bébé. Une nuit, seule avec mon fils, à bout, avec une montée de lait monumentale à J+2, des seins comme des rochers et impossible à soulager, j’appelle. Une auxiliaire de puériculture arrive, et me voyant désespérée revient avec des bouts de sein, de la vaseline et des compresses. Elle m’explique comment utiliser tout ça, compresses à appliquer après une tétée pour cicatriser, pas besoin de rincer avant de faire téter bébé, et bouts de sein pour supporter la douleur, à rincer au sérum physiologique après chaque tétée.

Que c’était pénible… Mon fils avait du mal à avoir du lait avec le bout de sein, il râlait, n’était pas à l’aise, et moi j’avais toujours autant mal. Nous avons pu sortir à J+3 car mon fils avait atteint son poids de naissance. J’étais fière, mais personne ne m’a félicité, je n’avais droit qu’à du mépris. Une fois chez moi, je retrouve ma sage-femme, que j’adore littéralement. Et c’est elle qui m’a donné toute la reconnaissance dont j’avais besoin. Elle m’a encouragé, m’a expressément demandé d’arrêter les bouts de sein, car mon fils risquait de ne plus réussir à téter directement au mamelon et mon allaitement pourrait échouer. Quel bon conseil, merci merci merci. Elle m’a pris la main, m’a laissé mettre mon fils au sein, et a vérifié sa succion, la position de sa bouche, son menton, son nez, ses freins de langues, de lèvres. Le pire, ce qui m’a fait pleurer, c’était de constater qu’après 2 jours seulement à téter avec les bouts de sein, mon fils n’arrivait plus à téter mon sein… Alors elle m’a rassuré, tout était ok chez lui, je devais juste persévérer. Et ça a fonctionné, le lendemain il tétait comme un chef, à la demande. Je passais réellement 90% de ma journée à l’allaiter, et j’étais si heureuse. Moi qui était rebutée par l’idée d’un bébé tétant mon sein, je le faisais et j’adorais ça.

Aujourd’hui j’ai un bambin de 20 mois toujours allaité, entre 8 et 10 tétées par jour. A sa naissance jusqu’à ses 6 mois où il a été diversifié, il tétait presque jusqu’à 20 fois par jour. Il prenait un poids fulgurant, 2 kilos le premier mois. Et ça n’a jamais cessé d’augmenter. Je me sens si fière de lui, de moi, et même si je n’ai pas été bien accompagnée, je n’ai rien lâché. Après l’épisode de la maternité j’ai acheté plein de livre sur l’allaitement, celui de LLL, et bien d’autres. En 1 mois j’étais devenue experte en la matière. Et cela m’a permis d’en arriver là, et nous irons jusqu’au bout, c’est clair!

Marion

INSTAMUM : @unemamanlactee

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